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Publié par Nature à l'oeil

Paru le mardi 24 février 2009
Les communautés métropolitaines de Montréal et de Québec ainsi que les deux unions municipales ont signé le 17 février une entente avec deux importants regroupements de citoyens et d'écologistes pour devancer de 2018 à 2012 une réduction de 60 % des matières organiques du sac vert par une stratégie de «valorisation biologique».

Cette entente, qui élimine la gazéification thermique des matières organiques, doit être dévoilée prochainement en même temps qu'elle servira de base pour une demande de financement par Québec de cette stratégie nettement plus écologique que ce qui se préparait dans les bureaux d'ingénierie depuis deux ans.

Elle est d'autant plus importante que les matières organiques représentent 40 % du sac vert moyen au Québec. Faute de récupérer et de traiter ces matières biodégradables, l'agglomération métropolitaine de Montréal a paralysé littéralement l'atteinte des objectifs de la politique québécoise de récupération des matières recyclables. Cette politique visait à sortir du sac vert 60 % des matières résiduelles qui s'y trouvent. Dans l'ensemble du Québec, on a soulagé le sac vert d'environ 40 % de son contenu vers le recyclage jusqu'ici. Mais, dans la région de Montréal, on plafonnait en 2007 au taux lamentable de 22 %.

L'entente, dont Le Devoir a obtenu copie, est signée par les maires de Montréal et de Québec qui sont aussi présidents de leur communauté régionale respective, Gérald Tremblay et Régis Labeaume. On y retrouve aussi les signatures de Robert Coulombe, président de l'Union des municipalités du Québec, et de Bernard Généreux, président de la Fédération québécoise des municipalités. Les termes de cet accord, qui cimente les forces environnementales derrière le monde municipal, ont aussi été avalisés par Jacques Ruelland, président du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, et par Céline Martin, présidente d'Action RE-buts, le groupe de coordination des groupes citoyens impliqués dans le dossier des déchets.

La gazéification: trop cher

Cet accord est particulièrement important, car il évite une guerre entre les écologistes et le monde municipal sur la gazéification des déchets, une technologie de traitement thermique dont les gaz sont utilisés à des fins énergétiques. Mais la facture d'au moins 850 millions a été très froidement accueillie à Québec, selon nos sources.

C'est de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qu'est alors venue l'idée de réunir tous les acteurs derrière une demande commune de fonds pour une solution indiscutablement écologique afin de provoquer un déblocage de ce dossier. La facture de la valorisation biologique a été ramenée à environ 300 millions.

Cette «valorisation biologique», qui fait consensus, comprend le compostage à ciel ouvert ou en milieu fermé ainsi que la méthanisation, soit un compostage en milieu scellé, dont on récupère le méthane produit en l'absence d'oxygène.

Les matières organiques représentent, dans la région de Montréal, 40 % du sac vert. Mais on récupère dans la grande région de Montréal tout au plus 8 % de ces 40 %, ce qui explique le très bas taux de récupération global, qui plafonne à 22 %.

L'entente du 17 février évoque l'«urgence» d'une solution consensuelle et d'un rattrapage du retard subi.

Le document est le premier du genre à reconnaître la nécessité d'intégrer la gestion des matières organiques produites par les citoyens et celles produites par les industries, commerces et institutions (ICI). Jusqu'ici, la politique québécoise gérait séparément ces deux stocks de déchets.

Selon le document obtenu par Le Devoir, les parties à l'entente vont demander à Québec «que la possibilité d'ajouter les matières organiques issues des ICI soit également prise en compte dans le calcul des quantités à traiter et à valoriser si la municipalité concernée souhaite présenter un plan intégré de traitement et de valorisation des matières organiques de son territoire».

Tendre vers zéro

Les écologistes et le monde municipal estiment qu'avec une aide financière substantielle et rapide de Québec, il serait même possible de dépasser d'ici à 2012 l'objectif de valoriser biologiquement 60 % des matières organiques. À leur avis, il est possible de tendre «vers le zéro élimination» de ce type de déchets, dont l'enfouissement cause l'essentiel des nuisances subies par les riverains des dépotoirs autorisés.

L'entente n'interdirait pas aux villes et MRC de recourir à la gazéification des «résidus ultimes», soit ce qui n'est ni recyclable ni compostable. Les résidus ultimes représentent de 10 à 15 % du sac vert. Si on enfouit cette portion dite de «déchets ultimes» dans les sites de nouvelle génération, les inconvénients seraient nettement inférieurs en l'absence de décomposition des matières putrescibles. Et, fait important, les projets souvent controversés d'agrandissement des mégasites d'enfouissement seraient moins nombreux, moins grands et plus sécuritaires.

Source : Louis-Gilles Francoeur - Le Devoir

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